À Kigali, l’Afrique du froid prépare sa voix pour la MOP38

Dix ans après l’Amendement de Kigali et à l’approche de la 38e Réunion des Parties au Protocole de Montréal, l’U-3ARC a tenu sa 6e Assemblée générale ordinaire au Centre ACES Rubirizi à Kigali au Rwanda. Rapports adoptés à l’unanimité, centres de certification en développement, mobilisation des femmes : l’Union affiche ses avancées, mais aussi sa volonté à rester indépendante.

Kigali, 29 octobre 2026.

À Kigali, l’Afrique du froid prépare sa voix pour la MOP38

Dix ans après, retour là où tout s’est décidé

Le lieu n’a rien d’anodin. C’est à Kigali, en octobre 2016, qu’a été adopté l’Amendement au Protocole de Montréal sur la réduction des HFC. Dix ans plus tard, la capitale rwandaise accueille en novembre la MOP38. L’Assemblée générale de l’Union des Associations Africaines des Acteurs de la Réfrigération et de la Climatisation (U-3ARC), ouverte le 29 octobre, se lit donc comme un acte de positionnement avant les négociations.

« Ce n’est pas une coïncidence. C’est une stratégie », a lancé le Président Madi Sakandé. Selon le procès-verbal, l’Union prendra une part active à la MOP38, avec un message centré sur la défense des intérêts du continent.

Son diagnostic est sans fard. Les décisions d’il y a dix ans ont été élaborées sans implication suffisante des professionnels africains et ont introduit des technologies exigeant des compétences encore peu accessibles aux techniciens du continent. « L’Afrique ne doit plus être considérée comme un simple terrain d’expérimentation technologique. Elle doit participer pleinement aux choix des solutions répondant à ses besoins de développement et à ses réalités opérationnelles », a-t-il déclaré. Il réclame plus de formation, de meilleures conditions de sécurité et moins de barrières fiscales. Le représentant de l’ONUDI, Oluyomi Banjo, a lui aussi vu dans la MOP38 une « opportunité unique » de faire entendre les acteurs africains.

Des comptes adoptés, une trésorerie à consolider

Sur le plan statutaire, l’Assemblée a adopté à l’unanimité les rapports moral, financier et d’activités couvrant novembre 2025 à octobre 2026, et mandaté le Bureau exécutif pour poursuivre ses actions.

Le débat financier a toutefois été franc. Le Trésorier général, Lassiné Katilé, a présenté l’état des cotisations, des dépenses et des engagements de l’Union, et appelé à une plus grande mobilisation des pays membres. Dans la salle, le Trésorier de l’association camerounaise a proposé une contribution exceptionnelle de 50 euros des membres du Bureau et une exploration du parrainage. Le Bureau a répondu que la priorité restait la cotisation régulière des associations. Il a accepté l’idée de sponsors, à condition de préserver l’autonomie de l’Union, pour éviter toute dépendance pesant sur ses orientations. La Princesse Juliette Kongo a, de son côté, encouragé les associations à renforcer leur autonomie financière, qu’elle juge essentielle à leur pérennité. Le Secrétaire général adjoint, Alain Tchoua Ndjeudji, a animé une réflexion sur les axes à redynamiser et les orientations du Bureau.

Le second jour a rappelé ce que coûte l’engagement bénévole. Ouvrant l’atelier des formateurs, M. Sakandé a souligné que cette commission travaille avec son propre argent et son propre temps, sans aucun accompagnement, alors qu’elle assure une large part de la visibilité de l’Union grâce aux formations organisées chaque mois sur ses plateformes.

La compétence, chantier central

C’est le cœur de ce que M. Sakandé présente comme une « révolution de compétences ». Le bilan présenté par le Vice-Président Said El Harchcite les compétitions techniques, les formations professionnelles, le recensement des acteurs du secteur et les programmes de certification organisés en Tunisie et au Burkina Faso. Plus de 5 000 techniciens sont recensés, et le Président veut multiplier ce chiffre par dix.

L’atelier des formateurs a défini ses priorités : renforcer les capacités, échanger les bonnes pratiques et assurer un suivi pédagogique simple. Il a aussi dressé un constat des insuffisances, de leurs causes et de leurs conséquences, avant de soumettre ses propositions au Bureau exécutif. Les participants ont par ailleurs visité les équipements pédagogiques du Centre ACES, qui accueillait l’Assemblée.


Les femmes et les partenaires au premier plan

La Secrétaire chargée de la Mobilisation féminine, Raoudha Massoaudi, a relevé une participation croissante au concours Dr Charity. L’Honorable Princesse Yabré Juliette Kongo, Ambassadrice de l’Union, a plaidé pour que la chaîne du froid soit traitée comme un outil stratégique : sécurité alimentaire, santé, emplois durables, transition énergétique. Elle a demandé l’accès des femmes aux postes de responsabilité, y compris dans les administrations publiques. Une déléguée camerounaise a proposé des formations réservées aux femmes, sujet renvoyé à la Réunion des femmes du 30 octobre.

Lors de l’atelier « Ladies Team », la Secrétaire a présenté le programme de novembre 2026 à octobre 2027, articulé en quatre axes : sensibilisation et visibilité, compétences et développement professionnel, engagement industriel et emploi décent, entrepreneuriat et partenariats. Des indicateurs de suivi ont été annoncés pour 2027.

Le Président a salué le soutien d’ACES Rwanda, de la famille de Graig Girdlestone, de Marco Buoni (Centro Studi Galileo), de Stephen Gill (World Refrigeration Day) et de l’ONUDI.

Vers la MOP38

Parmi les recommandations figurent l’institutionnalisation de la Journée Africaine de la Réfrigération et l’élection du prochain Président en 2027, pour une transition harmonieuse.

Reste l’essentiel : transformer ces acquis en poids dans la négociation. La crédibilité de l’Union dépendra de sa capacité à financer son fonctionnement et à former à grande échelle. Son message au monde, lui, est déjà prêt : « Nous avons formé. Nous avons certifié. Nous avons plaidé. Maintenant, écoutez-nous. »