Refroidissement super-efficace : sans techniciens formés, pas d’économies d’énergie

Réduire les HFC ne suffit pas : sur la durée de vie d’un équipement, l’électricité consommée pèse souvent plus lourd dans le bilan climatique que les fuites de frigorigène. Lors du workshop KA@10, dimanche 1er novembre au Kigali Convention Centre, Madi Sakandé, Président de l’U-3ARC et représentant de la New Cold Akademy, était invité à traiter une question décisive : de quelles compétences les techniciens africains auront-ils besoin pour que les technologies super-efficaces tiennent leurs promesses ? Le Vice-président Said El Harch et le Secrétaire à la Communication et aux Relations Extérieures Basile Seburikoko ont activement pris part à l’événement à ses côtés.

Kigali, Rwanda, 1er novembre 2026.

Refroidissement super-efficace : sans techniciens formés, pas d’économies d’énergie

Pourquoi l’efficacité énergétique pèse autant que les frigorigènes ?

Organisé par le gouvernement rwandais pour le dixième anniversaire de l’Amendement de Kigali, le workshop a consacré sa Session 3, de 10h30 à 12h30 en salle MH3, à l’efficacité énergétique. Elle était co-animée par Obed Baloyi (Afrique du Sud) et Ana Maria Kleymeyer (CCAC).

Son point de départ : dans de nombreux systèmes de refroidissement, la consommation électrique sur la durée de vie de l’équipement génère plus d’émissions que les fuites de frigorigènes. Selon les éléments présentés, la seule conformité à l’Amendement permettrait d’éviter 1,1 milliard de tonnes d’équivalent CO₂ d’ici 2050. Les gains d’efficacité énergétique pourraient y ajouter 2,2 milliards de tonnes.

Un panel d’institutions, une voix de terrain

Autour de la table : le Cambodge, avec Pak Sokharavuth ; le Ghana, avec Kofi A. Agyarko, sur les normes de performance minimale et l’étiquetage ; Philipp Denzinger (GIZ Proklima) ; Yomi Banjo (ONUDI) ; Mzwandile Thwala (U4E) ; Thanavat Junchaya (Banque mondiale), sur le financement. Madi Sakandé y représentait l’U-3ARC mais aussi la New Cold Akademy

C’est la place de l’Union des Associations Africaines des Acteurs de la Réfrigération et de la Climatisation : rappeler que ces équipements sont installés, réglés et réparés par des professionnels dont les compétences pèsent directement sur les résultats.

Madi Sakandé : quatre questions, un fil rouge

Le Président était invité à traiter les « opportunités futures pour les technologies de refroidissement super-efficaces » sous quatre angles :

Les marchés ouest-africains : quelles technologies offrent le plus d’opportunités dans les dix prochaines années, et qu’est-ce qui les freine ?

Le Sahel : quelle place pour le refroidissement solaire et hors-réseau, notamment pour le stockage du froid et les établissements de santé, dans une région aux températures élevées et aux réseaux peu fiables ?

Les compétences : de quoi les techniciens africains auront-ils besoin, et comment la New Cold Akademy contribue-t-elle à les bâtir ? Un équipement super-efficace ne tient ses promesses que s’il est bien installé et entretenu.

Les entreprises africaines et la diaspora : comment amener ces technologies sur les marchés locaux à un prix abordable ?

Une délégation, trois rôles complémentaires

Le Président n’était pas seul. Le Vice-président Said El Harch a pris part au workshop à ses côtés, apportant la dimension stratégique et diplomatique de l’Union, essentielle dans une session où le financement tient une place centrale. Basile Seburikoko, Secrétaire à la Communication et aux Relations Extérieures, était également présent. C’est à lui qu’il revient de faire résonner au-delà de la salle les messages de la session, notamment sur le rôle des entreprises africaines et des entrepreneurs de la diaspora.

Normes, financements, techniciens : les trois défis

Les normes. Les normes minimales de performance énergétique (MEPS) couvrent 89 % de la consommation d’énergie liée à la climatisation dans le monde, contre environ 50 % en Afrique. Sans cadre adapté, les équipements peu efficaces continuent d’arriver sur les marchés africains.

Les financements. Les équipements performants coûtent plus cher à l’achat. Le Fonds multilatéral a ouvert plusieurs fenêtres de financement, dont une de 100 millions de dollars pour les fabricants (15 projets) et une de 20 millions (69 projets). Deux projets ont été approuvés en juin 2026 pour 42,8 millions de dollars, via un fonds renouvelable. Reste à faire en sorte que ces moyens atteignent les PME et les techniciens du continent.

Les techniciens. Ils sont le dernier maillon de la chaîne et souvent le seul à toucher réellement l’équipement. Les facilitateurs ont aussi posé quatre questions transversales : comment intégrer les gains d’efficacité aux contributions nationales (NDC), gérer la hausse de la demande électrique, faire de l’efficacité un pilier alors qu’elle n’est pas contraignante au titre de l’Amendement, et renforcer la coopération entre autorités de l’ozone, de l’énergie et des normes.

Ce que retient l’U-3ARC : compétences d’abord

La session a rappelé qu’une technologie performante ne produit ses effets qu’entre les mains de personnes formées, et à un prix accessible. Pour l’U-3ARC, cela se traduit par deux priorités : former et certifier les techniciens locaux, et faire en sorte que les financements internationaux atteignent ceux qui installent et entretiennent les équipements. Un équipement super-efficace mal posé n’économise rien.