Journée Africaine du Froid 2026: “Célébrer cette journée n’est ni une fête, ni une commémoration. C’est une interpellation”, dixit Madi Sakandé

A l'occasion de la Journée Africaine du Froid célébré ce 24 Septembre par l'Union des Associations Africaine de la Réfrigération et de la Climatisation, son président Madi Sakandé s'adresse aux techniciens africains à travers leurs associations mais aussi aux gouvernants, à la société civile dont les journalistes pour qui le traitement du secteur du Froid doit être une nécessité. Lisez


Journée Africaine du Froid 2026: “Célébrer cette journée n’est ni une fête, ni une commémoration. C’est une interpellation”, dixit Madi Sakandé

MESSAGE DU PRÉSIDENT DE U-3ARC, MADI SAKANDÉ

En Afrique, le froid tue. Quand il est absent.

Le Froid n'est pas réservé aux grandes villes ou aux entreprises fortunées. Il est vital pour chaque Africain. Quand 70% des récoltes pourrissent faute de chaîne du froid, ce n'est pas une fatalité technique, c'est une injustice. Que l'on nous livre des équipements conçus pour d'autres climats est déjà une insulte à notre intelligence. Mais que nos propres gouvernants taxent jusqu'à 111 % l'importation des équipements neufs et performants dont nos peuples ont besoin, voilà l'aberration totale. Pourtant, le froid est l'armature de notre souveraineté alimentaire et sanitaire. Mais pas que.

Ce 24 septembre 2026, U-3ARC célèbre sa cinquième Journée Africaine du Froid. Ce n'est ni une fête, ni une commémoration. C'est une interpellation. À vous. À nous tous.

Techniciens : acteurs ou spectateurs ?

Il y a six ans, le 24 septembre 2020 à Ouagadougou, trente associations de vingt-neuf pays africains ont fondé U-3ARC avec une conviction simple : ensemble, nous pesons. Aujourd'hui, nous sommes plus de quarante-cinq associations, plus de vingt mille entreprises, près de cent cinquante mille personnes. Ce chiffre est une force. Mais une force qui dort n'est pas une force.

Je m'adresse à vous, techniciens, frigoristes, climaticiens de Dakar à Nairobi, de Casablanca à Johannesburg : êtes-vous prêts à porter la révolution du froid africain, ou attendez-vous qu'elle arrive sans vous ?

Se former sur les fluides alternatifs (R290, R1270, R744, R717, R1234yf et R32), obtenir ses certifications, adopter les bonnes pratiques de récupération des frigorigènes, ce ne sont pas des options réservées aux élites techniques d'ailleurs. Ce sont vos responsabilités. C'est votre dignité professionnelle. Nos académies de formations lancées à Tunis, à Ouagadougou, prochainement en République Démocratique du Congo, au Cameroun et certainement dans de nombreux pays, membres de U-3ARC, ont formé des centaines de techniciens issus de plusieurs pays. Ce n'est qu'un début. Le chemin appartient à ceux qui marchent.

Associations nationales : relais ou coquilles vides ?

Nous avons recensé plus de dix mille techniciens à ce jour. Nous en voulons dix fois plus. Cent fois plus. Mais ce recensement ne se fera pas depuis un bureau à Ouagadougou. Il se fera dans vos pays, dans vos villes, dans vos quartiers.

Associations membres de U-3ARC, je vous pose la question sans détour : vos gouvernements savent-ils que le froid est une infrastructure aussi essentielle que l'eau ou l'électricité ? Le leur avez-vous dit ? Avez-vous interpellé vos ministères de la Santé, de l'Agriculture, de l'Énergie ? Avez-vous mené des campagnes pour que vos populations comprennent que le froid qui protège un vaccin ou conserve une récolte n'est pas un luxe, c'est un droit ?

Nous plaidons pour une Directive Africaine du Froid, avec des normes communes et une priorité sur l’efficacité énergétique et des fluides frigorigènes adaptés à nos réalités. Ce plaidoyer ne peut pas venir de moi seul. Il doit venir de vous, depuis le terrain, depuis vos parlements nationaux, depuis vos médias locaux.

Journalistes, société civile, gouvernants : le froid vous regarde aussi.

Aux journalistes : combien d'entre vous ont consacré un reportage au technicien frigoriste qui maintient en vie un centre de santé en milieu rural ? Le froid meurt de l'indifférence médiatique. Rendez visible l'invisible. Ce métier mérite vos micros, vos caméras, vos plumes.

À la société civile : ne déléguez pas ce combat aux seuls professionnels du froid. Exigez des politiques publiques de formation, de certification, de subvention des équipements bas carbone. La chaîne du froid est une question de survie alimentaire et sanitaire. C'est donc votre combat.

Aux gouvernants africains : l'Afrique ne peut plus être le dépotoir des technologies d'ailleurs. Faites du froid un axe stratégique continental ou acceptez de rester éternellement dans la file d'attente du développement. Investissez dans les centres de formation. Légiférez sur les fluides frigorigènes. Protégez les techniciens locaux de la concurrence déloyale des équipements sous-standards importés. Revoyez les taxations sur les équipements et outils de froid et climatisation, s’il vous plait.

Notre avenir est froid. Et c'est une bonne nouvelle.

L'intelligence du froid n'est pas seulement technique. Elle est politique. Elle est stratégique. Elle est africaine.

Le froid est notre métier. L'intelligence est notre force. L'Afrique est notre terrain.

Ce 24 septembre, je vous demande une chose : ne restez pas spectateurs. Formez-vous. Interpellez. Construisez. Partagez ce message à celui qui en a besoin : le technicien, le ministre, le journaliste, le voisin.

L'Afrique du froid se construit maintenant. Ensemble.

Bonne célébration de la Journée Africaine du Froid à toutes et à tous, à travers l'Afrique!

Madi Sakandé

Président de U-3ARC