« Comment pouvons‑nous nourrir plus d’un milliard d’Africains si vous, décideurs du continent, considérez encore la réfrigération comme un luxe et taxez les équipements de froid de 40 % à 111 % ? »
Cette question, posée par Madi Sakandé, expert international et président de U‑3ARC, lors de la Rome Nutrition Week 2026, n’est pas une provocation gratuite. Elle met le doigt sur une contradiction qui paralyse l’Afrique.
La Déclaration de Kampala CAADP (2026‑2035) vise à transformer les systèmes agroalimentaires africains : réduction de 50 % des pertes post‑récolte, augmentation de 45 % de la production, triplement du commerce intra‑africain de produits agricoles, et objectif ultime la faim zéro. Un programme ambitieux, salutaire, mais difficilement réalisable sans une chaîne du froid performante.
Aujourd’hui, entre 30 % et 50 % des denrées périssables produites en Afrique (fruits, légumes, produits laitiers, viande, poisson, etc. ) pourrissent avant d’atteindre un marché ou une assiette. Ce n’est pas une fatalité climatique : c’est un choix politique. Chaque tonne de nourriture perdue, c’est de l’eau, de la terre, du travail et des émissions de gaz à effet de serre inutiles.
L’exemple présenté par Madi Sakandé, une chambre froide solaire au Burkina Faso, prouve que des solutions existent, adaptées aux contextes ruraux, économes en énergie et déjà éprouvées. Mais elles restent marginales, freinées par des droits de douane dissuasifs. Taxer l’importation d’un compresseur ou d’un isolant de chambre froide à plus de 40 %, voire même à 111 %, c’est pénaliser la souveraineté alimentaire.
Bien sûr, il ne s’agit pas de supprimer toute fiscalité ou d’importer sans contrôle. Une transition juste est possible : baisser les taxes sur les équipements à haute efficacité énergétique et utilisant des fluides naturels (CO₂, propane, ammoniac) ; encourager la fabrication locale et la maintenance par des techniciens certifiés ; intégrer le froid dans les plans nationaux d’adaptation au climat.
L’Agenda 2063 et Kampala peuvent être atteints si les États africains décident de changer de regard : le froid n’est plus un privilège de riches. C’est une infrastructure silencieuse au service de la santé, de l’éducation, de l’emploi et de la dignité alimentaire.
U‑3ARC représente plus de 20 000 entreprises et 150 000 techniciens prêts à accompagner les gouvernements. Il ne manque que la volonté politique.
Et si on commençait par réviser ces taxes ?